Repères

Écrit par Antonin Delboy le . Publié dans Frontpage

ESCALIER D’ODESSA

Historiquement, il n’y a jamais eu de massacre sur les marches d’Odessa. C’est une idée géniale de metteur en scène. 

(“C’est la fuite même des marches qui a engendré l’idée de la scène. C’est leur volée qui a fait s’envoler l’imagination du metteur en scène” écrit Eisenstein dans un article de 1945.) Il ne savait pas qu’en même temps, il mettait en scène l’imaginaire de plusieurs générations.

CIVILISATION

“Quelque horreur que nous inspirent certaines situations, celle par exemple du galérien antique, ou du paysan de la guerre de Trente Ans, ou de la victime de la Sainte Inquisition, ou du juif exposé au pogrom, il nous est tout de même impossible de nous mettre à la place de ces malheureux.”
FREUD, Das Unbehagen in der Kultur, 1929

INFORMATION

La séquence du pilote américain ne montre pas que les Américains napalmaient le Viêt-nam, mais un Américain se montrant en train de napalmer le Viêt-nam. Le mode d’information fait partie de l’information, et l’enrichit. C’est un des principes de choix des documents : chaque fois que c’était possible (écrans de télévision, lignes du kinescope, citations d’actualité, lettre enregistrée sur mini cassette, images tremblées, voix de radios, commentaires des images à la première personne par ceux qui les ont captées, rappel des conditions de tournage, caméra clandestine, ciné tract…), rapprocher le document des circonstances concrètes de son élaboration, faire en sorte que l’information n’apparaisse pas comme cosa mentale, mais comme une matière avec son grain, ses aspérités, quelquefois ses échardes.

RUDI DUTSCHKE / ULRIKE MEINHOF

 “L’origine de la guérilla urbaine vient de plus loin… C’était alors la guerre du Viêt-nam et son approbation silencieuse par les puissants de ce pays. C’était alors la révolte étudiante, une floraison d’utopies révolutionnaires auxquelles il ne fallait à aucun prix laisser leur chance dans ce pays. Oui, nous savons et nous n’oublierons jamais comment a commencé ce carrousel de la mort.”
DANIEL COHN BENDIT, Francfort, le 18 octobre 1977

GUÉRILLA

“Il est significatif que l’un de ces échantillons de révolutionnaires de plus en plus typiques en Amérique latine, Mario Monje, qui arborait le titre de Secrétaire du Parti Communiste de Bolivie, ait prétendu disputer au Che la direction politique et militaire du mouvement… Le Che n’a jamais eu d’intérêt personnel pour les charges, les commandements ou les honneurs, mais il avait la ferme conviction que dans la lutte révolutionnaire guérilla forme fondamentale d’action pour la libération des peuples d’Amérique latine, étant donnée la situation économique, politique et sociale de presque tous les pays du continent le commandement militaire et politique devait être unifié, et que la lutte ne pouvait être dirigée que de la guérilla… Et, sur ce point, il n’était pas disposé à transiger ni à confier à une tête creuse sans expérience, aux vues étroites et chauvines, le commandement d’un noyau guérillero destiné à mener, lorsqu’il aurait pris de l’ampleur, une lutte à grande échelle en Amérique du Sud…”
                              FIDEL CASTRO, Introduction 

                                          au Journal de Bolivie

MAI 1968

“Le franc français n’est plus coté à la Bourse d’Amsterdam cet après midi… Les deux plus grandes banques allemandes, la Deutsche Bank et la Dresdner Bank, ont annoncé au début de cet après midi qu’elles cessaient d’afficher les francs français…”
RTL, 30 mai 1968

“Et c’est tout… Voilà les menaces qui corres-pondent aux excommunications de jadis. Je n’ai pas intercepté de radios ainsi conçus : si le Mouvement continue, musiciens français annulent pièces de Satie… Si le Mouvement augmente, philosophes français incapables désormais définir doute méthodique… Si le Mouvement 

triomphe, lycéennes refusent cueillir airelles au chant passereaux… Mais je n’insiste pas. J’ai fait le dernier effort pour empêcher la France de devenir une société anonyme, j’ai échoué. Que notre Seine une minute agitée se calme donc sous l’huile minérale…”
                             JEAN GIRAUDOUX, Perceval

POUVOIR

“Les chefs, en s’élevant, s’éloignent des masses, et les masses commencent à les regarder de bas en haut, ne se décidant pas à les critiquer. Ce fait ne peut pas ne pas provoquer un grand danger de détourner les chefs des masses et d’éloigner les masses des chefs. Et cela peut faire que les chefs deviennent présomptueux et se croient infaillibles.” Discours de Staline, 1927

“Staline s’est effectivement laissé prendre au piège de la métaphysique… Staline est responsable de la fausse éducation donnée à beaucoup d’hommes dont la pensée s’est embourbée dans un excès de métaphysique, c’est pourquoi ils ont commis des erreurs en politique. Quand par hasard ils se trouvent aux prises avec des opinions divergentes, ils les écartent. Une seule solution pour les contre révolutionnaires : la mort… Mais la vie réelle a montré à Staline qu’on ne pouvait pas toujours agir de cette manière. Même Staline ne pouvait pas leur couper la tête à tous…”
       MAO TSÉ TOUNG, Résumé de la conférence                                                             des secrétaires provinciaux et municipaux,                    

                                                          Janv. 1957

EAU (AU MOULIN)

“L’insistance sur les contradictions de la gauche relève évidemment de la bonne vieille métaphore de l’eau portée au moulin de l’Adversaire… Alors, métaphore pour métaphore : pendant cinquante ans, certains intellectuels de gauche ont évité d’apporter de l’eau au moulin de l’Adversaire en faisant du vent avec leurs démentis, leurs négations de l’évidence, leur volonté de ne rien savoir… Ensuite on s’est aperçu que le moulin de l’Adversaire était un moulin à vent.”
                                                    GUILLAUME 

FEMMES

“Ce n’est pas seulement elle (Beatriz Allende) qui s’est suicidée. Cela engage toutes les femmes qui survivent dans les limites de l’action et de la mort. Parce qu’une femme au milieu des hommes ne peut pas parler, parce que cette solitude des femmes, cette autodestruction quotidienne est aussi une forme de suicide… Le vrai politique doit contenir l’existence des gens. On ne lutte pour les autres que si on lutte aussi pour soi même…”
                        CARMEN CASTILLO, Libération,
                                                  15 octobre 1977

LOUPS

“La queue entre les jambes

comme des chiens

Tourné vers le ciel

votre museau étonné

Est-ce le châtiment

qui tombe des cieux

ou bien 

la fin du monde?

Tout 

se tord 

dans vos têtes

Mais 

on vous a tirés debout

depuis les libellules d’acier…

Sourions à l’ennemi 

de notre sourire de loups

pour couper court aux rumeurs

Mais sur la neige tatouée de sang 

notre signature

-nous ne sommes plus des loups”
                                       VLADIMIR VISSOTSKI 1

1 Est-il utile de préciser que je ne connaissais pas cette chanson, toute récente de Volodia Vissotski