2008 - Sixties

Écrit par Antonin Delboy le . Publié dans Frontpage

"CRS/SS" n'est pas un slogan de Mai 68. Il apparaît déjà pendant la grève des mineurs en 1948, il suffit de regarder le film de Louis Daquin pour le voir peint sur un mur. Petit exemple entre mille de la mythification désordonnée qui n'a jamais cessé d'envelopper les événements de cette décade prodigieuse.

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Ce slogan répété à satiété comme l'expression même de la démesure et de l'ignorance de jeunes bourgeois exaltés avait été tracé à l'origine par une main prolétarienne. Ce qui ne le rend pas plus malin, d'ailleurs, mais il est des moments où on perd le sens de la nuance. C'est un coup de matraque judicieusement appliqué pendant une manif, et une semaine subséquente d'oreille en chou-fleur (pas grand'chose en regard de ce qui arrivait à d'autres) qui m'ont décidé la fois suivante à empoigner une caméra, déclenchant ainsi une série de causes et d'effets dont on trouvera ici les retombées filmiques.

Mais cela se passait en 1962. 1968 en serait l'apogée dans la vulgate gauchiste. Pourtant LE FOND DE L'AIR EST ROUGE s'articule autour de l'année 1967, considérée comme le pivot de la saga des Sixties. On a sans doute exagéré la portée du fameux éditorial de Pierre Viansson-Ponté "La France s'ennuie" en mars 68, un billet d'humeur à partir duquel s'est accréditée l'idée que Mai avait été un coup de tonnerre dans un ciel serein, que personne n'avait vu venir. Moi je ne m'ennuyais pas, et pour capter les ondes du séisme qui commençait à remuer la planète il n'était vraiment pas nécessaire d'avoir des dons de prophétie. Il suffisait de bouger et d'avoir les yeux ouverts. La chance m'ayant fait naître avec la bougeotte et l'insatiable curiosité de l'Enfant d'Éléphant, il me semble au contraire, lorsque je feuillette en pensée mon journal de l'année 1967, qu'il aurait fallu être un peu demeuré pour ne pas entrevoir ce qui s'annonçait. Au printemps : voyage à Cuba, en pleine hérésie, au point que le nom même de Cuba n'apparaissait plus jamais dans l'Huma, Fidel tempêtant contre le dogmatisme des manuels de marxisme-léninisme, rompant avec tous les parti communistes d'Amérique Latine, nous expliquant que le temps était venu de "gens sans parti, neufs, en rupture avec ce modèle tiédasse, faiblard, pseudo-révolutionnaire de certains qui se disent révolutionnaires…", prenant si bien le contre-pied de ses camarades russes qu'un an plus tard, au moment de prononcer le fameux discours où il s'alignerait sur l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, tout le monde à La Havane était persuadé qu'il allait annoncer la rupture avec l'URSS (la douche n'en serait que plus glacée, mais ainsi va l'Histoire). Retour en France : un message de Besançon, et la première rencontre avec les grévistes de la Rhodiaceta, grève avec occupation, une première depuis 1936, et un style de revendications totalement nouveau. "Il est frappant de voir à quel point ces ouvriers relient la revendication économique immédiate à une mise en cause fondamentale de la condition ouvrière et de la société capitaliste : la dignité ouvrière, le sens de la vie et du travail sont mis en avant dans la plupart des interventions. Il ne s'agit donc pas pour ces hommes de négocier, à l'américaine, leur intégration dans la "société du bien-être", mais de contester cette société même et les biens de compensation qu'elle leur offre." (Nouvel Obs, 22 mars 1967) Si ça ne sonne pas "soixante-huitard"… En juin, virée en Bolivie en compagnie de François Maspero à la recherche d'un certain Régis Debray, par ailleurs notre ami, récemment chopé par les sbires de la dictature bolivienne, afin d'apporter notre petite pierre à la campagne de gens honorables (Malraux entre autres) qui le protégerait peut-être d'une probable liquidation. On l'accusait d'être de mèche avec une bande de guerilleros qui opéraient dans la région de Ñancahuazú, et un faisceau de rumeurs et d'informations confidentielles désignait déjà leur chef : le commandant Ernesto Guevara de la Serna, dit Che –en rupture, lui, avec à peu près tout le monde. Juillet : Paris de nouveau, pour la finition d'une aventure cinématographique collective originale, Loin du Viêt-nam. Depuis le début de l'année une équipe s'était constituée, variable, informelle, capricante, réunissant quelques pointures du genre Resnais, Godard, Varda, Lelouch, Ivens, Klein, et un nombre considérable d'inconnus, quelquefois techniciens de cinéma, quelquefois rien du tout, qu'attirait l'idée de faire œuvre militante tout en exerçant concrètement un métier de l'image. Derrière le propos explicite de dénoncer une guerre il n'était pas difficile de lire la recherche d'une façon nouvelle de travailler et d'être ensemble. À peine la copie standard tirée, je me retrouvais à Washington en train de courir avec la première vague de manifestants qui tentaient –symboliquement, très symboliquement- de prendre d'assaut le Pentagone. Inséparable de la lutte contre la guerre, cette "contestation de la société" évoquée par les grévistes de la Rhodia était devenue le mot d'ordre de toutes les Universités ainsi que d'un nombre croissant de mouvements qui rejoignaient les grandes causes fondamentales, celle des femmes, celle des Noirs. Et à la fin de l'année nos copains de Besançon remettaient ça avec une grève. Maintenant nous étions mieux armés : l'épisode du printemps n'avait permis qu'une bande-son et quelques photos, cette fois nous pouvions filmer. Philippe Labro et Henri de Turenne me donnaient leur accord pour un sujet dans leur magazine CAMÉRA 3, ils ne savaient pas dans quoi ils s'embarquaient. Et il faut bien dire qu'aujourd'hui le caractère documentaire de cet épisode se situe encore plus dans les péripéties de sa diffusion que dans le film lui-même. Nous avions tourné une grève, des grévistes, des ouvriers, des syndicalistes, ils parlaient naturellement de leurs conditions de vie et de leurs convictions politiques, rien de contradictoire avec la phrase de Camus qui figurait en exergue de CAMÉRA 3 "Le journaliste est l'historien de l'immédiat". La direction de l'ORTF semblait avoir une autre conception du journalisme, sa réponse fut brève et claire : interdiction totale de l'émission. Avec un courage plutôt rare pour l'époque, Labro et Turenne se rebiffèrent, et menacèrent de saborder leur magazine si le sujet ne passait pas. Peu habituée à gérer une rébellion, la direction tangua, barguigna, et finalement capitula. Le sujet pourrait passer, à condition qu'il soit suivi d'un "débat" entre gens sérieux. D'accord pour le débat. L'effet de chaud-et-froid qu'il induirait ne pouvait que servir notre propos. Ainsi fut-il : on peut pour la première fois depuis sa diffusion en voir ici de larges extraits, et je vous prie de ne pas sourire en trouvant Jacques Delors parmi les gens sérieux invités à tempérer le caractère "extrémiste" des paroles ouvrières. Car c'est bien ce terme que mon camarade Henri emploie dans son introduction, et à lui seul ce détail jette un coup de projecteur meurtrier sur ce qu'était l'ORTF gaulliste. Mais il vaut la peine de s'attarder sur une phrase de cette introduction. "Si nous diffusons ce témoignage… c'est que nous croyons qu'il reflète malgré tout (sic) un certain état d'esprit, un certain état d'âme qui existe dans une partie au moins de la classe ouvrière". On ne saurait mieux dire, et voilà pour le coup de tonnerre dans le ciel serein. Avec pour flèche du Parthe, le titre. Dieu sait qu'avec Mario Marret et Carlos de los Llanos, mes deux complices, nous nous étions cassé la tête pour trouver un titre qui ne soit ni trop plat ni trop provocateur. Jusqu'à ce qu'une monteuse de génie nous fasse réécouter les mots de Yoyo Maurivard à la fin du film, lorsqu'il s'adresse, face caméra, "aux patrons". "On vous aura. c'est la force des choses, c'est la nature et… à bientôt j'espère !" "À bientôt j'espère !" le voilà, votre titre…" Avouons que pour une émission diffusée le 5 mars 68, ce n'était pas mal trouvé.

Luttes étudiantes aux USA, éveil d'une nouvelle problématique dans la classe ouvrière, coups de boutoir un peu partout dans les orthodoxies de droite et de gauche, tout cela composait bien, comme on dit, une atmosphère. On peut comprendre que la France, en retard sur l'Histoire comme il lui arrive, se soit rattrapée l'année suivante sur la mythologie. Des circonstances particulières s'y prêtaient. La brutalité insensée de la police qui dès les premiers jours tapait sur tout ce qui bougeait, manifestants et passants, contribuant ainsi largement à transformer en émeute ce qui aurait pu n'être qu'un monôme un peu radical. Le beau temps, qui prêtait à ce mois de mai un air de fête : s'il avait plu des cordes pendant la "nuit des barricades", elle eût été différente. Et la présence d'un ludion inventif et supérieurement intelligent, Dany Cohn-Bendit, qui donnait immédiatement au récit un sens et une profondeur que d'autres n'auraient peut-être pas su saisir. C'est la dilution de ces singularités autochtones dans une grande vague à laquelle de toute façon personne n'aurait échappé, dont 1967 avait vu le flux et déjà le reflux, qui allait être le ciment du mythe Mai 68. Un ciment solide. Quarante ans plus tard un président de la République pourrait encore y trouver la source de tous les maux, tandis que d'autres pleuraient sur un "esprit de Mai" qu'il fallait retrouver à tout prix dans les décombres de l'Histoire, comme Martin Luther allait rechercher dans les Écritures le secret d'une foi trahie. 

Je ne sais pas s'il y a eu un esprit de Mai. Il y a bien eu un esprit en mai. Maurice Clavel y voyait l'Esprit lui-même, la révolte des forces spirituelles contre un monde matérialiste. C'était un point de vue, mais le bon côté de cette époque c'est qu'on peut en dire à peu près n'importe quoi en étant certain de toucher juste sous un angle et de se gourer gravement sous un autre. Il est trop facile d'en dénombrer les extravagances et les ridicules, tout le monde s'y est employé, et ce qu'on peut reprocher de plus grave au folklore soixante-huitard, c'est d'avoir fourni à ceux qu'il prétendait combattre un stock inusable de caricatures. Elles ont fini par recouvrir d'autres images de ce temps déraisonnable, ce qu'il transportait de vraie générosité, de véritable invention. En revanche il est intéressant de pouvoir y déchiffrer, comme en laboratoire, le schéma des grandes contradictions du siècle. Au moindre coût (pour ainsi dire pas de sang versé) il offre une sorte d'épure de tous les processus révolutionnaires. Ce qui a commencé par un sympathique quoique un peu sot "il est interdit d'interdire" vire vertigineusement vite au "tout est interdit sauf nous". L'ennemi principal n'est déjà plus un Pouvoir quasi-abstrait que l'on conjure avec des rites (slogans, discours, meetings –on vit avec le fantasme de la prise du Palais d'Hiver, personne n'aura jamais l'idée de marcher sur l'Élysée) mais l'autre parti, l'autre secte, l'autre groupuscule. L'amusant, c'est que le Pouvoir lui-même se sent beaucoup plus menacé qu'il ne l'est en réalité, les souvenirs de Michel Jobert et de Constantin Melnik en disent long sur la véritable panique qui s'était emparée des puissants. Dans ces limbes de l'Histoire se développent tous les simulacres. Un des plus saugrenus, l'occupation du siège de la Société des Gens de Lettres par une Union des Écrivains (rien que le titre donne déjà des sueurs froides à qui a connu l'Union Soviétique) nommée ainsi par antiphrase puisque ses trois composantes ne cesseront pas de s'entre-déchirer au nom de la pureté révolutionnaire. Car nous y voilà, on fait la Révolution. Un aveu : lorsque j'entendais mes camarades se gargariser de ce mot, j'avais tendance à y entendre une métaphore, une façon un peu sexy de baptiser les vraies transformations de pensée ou de moeurs qui s'accomplissaient sous nos yeux, qui n'étaient pas négligeables, et qui laisseraient des traces. Et comme je l'ai déjà dit, personne n'esquissait une vraie stratégie de prise du pouvoir. Quand je lis aujourd'hui leurs mémoires, je découvre qu'en fait ils y pensaient, ils se le racontaient, ils en rêvaient, et je me demande toujours avec perplexité quelles images précises ils pouvaient plaquer sur ce rêve. Parce que, le président Mao –qui n'a pas dit que des bêtises- nous l'avait bien énoncé, "la Révolution n'est pas un dîner de gala". Che, dont tout le monde aimait (déjà) la photo, et que presque personne n'avait lu, était encore plus technique. "La haine comme facteur de lutte, la haine intransigeante de l'ennemi qui entraîne plus loin que les limites naturelles de l'être humain,et le convertit en une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer". Ça sonne encore mieux en castillan "Una efectiva, violenta, selectiva y fría máquina de matar". Il m'arrivait de demander à tel ou telle si vraiment c'était ce qu'ils souhaitaient à leurs enfants, devenir d'efficaces, violentes, sélectives et froides machines à tuer. Les réponses étaient généralement dilatoires. En fait, dans un pays doté d'un pouvoir fort, même si momentanément paralysé, cette révolution avait un autre nom : la guerre civile. "La seule guerre juste" osait dire un allumé. Certains sauteraient allégrement le pas : Serge July, Alain Geismar, "Vers la guerre civile",1969. "Sans vouloir jouer aux prophètes (encore heureux), l'horizon 70 ou 72 de la France, c'est la révolution". L'horreur des deux grandes guerres civiles du XXe siècle, la russe et l'espagnole, aurait pu conduire à employer les mots avec moins de… (restons mesurés) légèreté. Mais le mythe était le plus puissant, et il le resterait longtemps. Je me souviens de ma dernière conversation avec Althusser. Il revenait du Portugal, en pleine "révolution des œillets", et cette fois ça y était. Après bien des sursauts inaboutis, dont notre mois de Mai, le Portugal allait accomplir la première révolution socialiste depuis 1917, la consolider, et à partir de là l'étendre à l'Europe toute entière. Je l'écoutais avec l'impression d'être en apesanteur. Celui qui était en face de moi n'était pas un jeune gauchiste sympathique et farfelu, mais un des plus grands intellectuels français. Pour lui comme pour d'autres le fond de l'air était, serait toujours rouge. Et le rouge resterait toujours au fond.

Pour mai en tout cas, le coup d'arrêt vint vite : au premier mort. Ce n'était pas bien sérieux pour des révolutionnaires, mais il est évident que le meurtre de Pierre Overney, tué par un vigile de chez Renault, allait ramener tout le monde au vrai poids des vies, des choses et des mots. Côté ouvrier, la grande déferlante rencontrait ses digues, phénomène qu'Edgar Pisani résumerait en une phrase "une terrible complicité entre l'appareil conservateur de la CGT et l'appareil conservateur du gouvernement". Et un grand désordre s'empara des esprits. Les petites luttes claniques tiraient, étrangement, une sorte de surdétermination du fait qu'elles avaient lieu dans cet espace flou de la révolution imaginaire. Livrées à elles-mêmes au milieu d'un pays rassuré, elles redevenaient chétives et sans but. L'Anarchisme historique était mort - héroïquement - en Espagne. S'y référer maintenant n'avait pas plus de sens que d'être royaliste -sauf à en faire un fonds de commerce, d'ailleurs inépuisable. 

Le Parti Communiste, ayant raté toutes les perches que lui tendait l'Histoire, avait commencé sa lente vrille d'avion sans moteur. Le maoïsme français, lui, resterait une date dans l'histoire de la tératologie. La bêtise des imbéciles est une plaie, mais statistiquement on est bien obligé de faire avec. Ce qui est fascinant c'est la bêtise des gens intelligents, et dans ce cas précis, souvent des plus intelligents. Il arrivait qu'on éprouve une douleur presque physique à voir l'intelligence et le caractère s'engluer là-dedans -je ne parle pas des pitres de Tel Quel, mais de vrais caractères, de vraies intelligences. Et d'ardents antifascistes célébraient les gardes rouges, Hitlerjugend en désordre… Enfin il y eut la très petite minorité qui prit au mot la logomachie révolutionnaire et s'enferra dans une lutte armée que même Che n'aurait pas conseillée à ce moment-là, en ce lieu-là. Et sur quelIes bases, avec quelle bouillie verbale… " Dans l'esprit de mes camarades, cette action (l'assassinat de Georges Besse, PDG de Renault) était censée ralentir la marche de la recomposition bourgeoise et aggraver ses contradictions internes, et ainsi l'affaiblir dans la guerre des classes". Cette citation est rapportée par Régis Schleicher, et il est d'ailleurs incroyable que la seule autocritique intelligente et digne d'Action Directe soit passée pratiquement inaperçue. "À vingt ans de distance" écrit-il "force est de constater que l'hypothèse que nous défendions a failli. A moins d'obnubilation, de cécité intellectuelle et d'incapacité à comprendre le mouvement réel des choses, il convient d'accepter que le mouvement révolutionnaire et le mouvement social nous aient donné tort". Les petits inquisiteurs qui refusaient à Nathalie Ménigon sa libération conditionnelle parce qu'elle ne se "repentait" pas auraient dû se demander (pure rhétorique, ces gens-là ne se demandent jamais rien) si la qualité d'une réflexion n'a pas un certain rapport avec la situation de celui qui réfléchit. Schleicher était en taule, mais sous un régime normal, il faisait lui-même le bilan de ces années dures, amitiés et violences incluses, mais en fin de compte humaines. Garder quelqu'un dans des conditions infra-humaines (lorsque Nathalie demandait au moins la compagnie d'un chat, et qu'on la lui refusait…) et exiger en plus qu'il ou elle demande pardon, c'est ignoble mais c'est d'abord très bête. Comme si se cramponner à ses actes, les justifier envers et contre tout n'était pas, plutôt que le signe qu'on y croit encore, le dernier recours de la dignité. "Vous m'aurez tout pris mais vous ne m'entendrez pas vous donner raison". Rendue à un monde où on pense autrement que contre ceux qui vous martyrisent, Nathalie Ménigon sera peut-être capable du même effort sur soi que Schleicher. Mais de lui, encore une chose à retenir : trois courtes phrases qui devraient travailler quelques consciences. "Certains affirmaient que le pouvoir est au bout du fusil. J'adhérais à cette thèse. D'autres, qui la professaient, nous ont laissé l'assumer."

Ailleurs les choses ont été plus violentes, plus difficiles qu'en France, mais la courbe a partout été la même. C'est pour avoir glané quelques traces de ces années lumineuses et troubles que j'ai bricolé mes films. Ils ne prétendent à rien d'autre que d'être cela, des traces. Même le plus mégalo, le FOND DE L'AIR (originellement 4 heures, sagement ramené à trois, mais sans modification du contenu, juste un raccourcissement, et un petit monologue de conclusion) n'est en aucune façon la chronique d'une décennie. Ses lacunes, déjà inévitables, deviendraient indéfendables. Il s'articule autour d'un thème précis : ce qui advient lorsqu'un parti, le PC, et une grande puissance, l'URSS, cessent d'incarner l'espoir révolutionnaire, ce qui naît à leur place, et comment se joue l'affrontement. L'ironie est que trente ans plus tard la question ne se pose même plus. L'un et l'autre ont cessé d'être, et ce qui reste comme chronique, c'est celle de l'interminable répétition d'une pièce qui n'a jamais été jouée.